Sumatra

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France - Paris
de Mounir, le 14-05-2009

Sumatra

Le vol AK 1005 (23/08) est prévu à l'heure, Je quitte Yogjakarta et l'Indonésie sans aucun sentiment de Nostalgie, ce n'est qu'un petit au revoir, A très bientôt InchAlah. Un retour très court a Kuala Lumpur, passer quelques nuits Chez Aizad dans son auberge. Oasis Guest House est un endroit très sympathique avec petit budget, propre et trés bien situé, choisissez le dormitory au quatrième étage et vous allez vous sentir le confort en vous installant dans le canapé noir en cuir en face la télé satellite, le café et le thé sont a volonté, une kitchenette équipée et un frigo commun pour vous approvisionner, bref le confort absolu pour les rois fainéants. Le soir, le salon devient un espace de rencontre et rassemble de nombreux routards amoureux de l'aventure et de la découverte, ils se partagent quelques opinions et échangent de bons plans pour la suite du voyage, d'autres discutent de la diversité culturelle des pays et un autre groupe s'initie dans un nouveau jeu Malais avec Aizad. Ce père de famille, toujours de bon humeur passe son temps à veiller au bon séjour de chacun, et parfois, il n'hésite pas a proposer de bons plans aux backpackers.

Kuala Lumpur est vraiment une capitale fascinante, on trouve un modernisme développé de façon ponctuel au sein d'une ville orientale, riche en traditions très vivantes. 5 jours de plus a flâner et me promener dans ses rues, savourer des vues et des sons qui capturent l'imagination, profiter des sites et des splendeurs du quartier pittoresque de Chinatown, de l'animation de ses boutiques, de ses restaurants et des étals des marchands ambulants. Deux ruelles plus loin en direction de Masjid Jamek se situe le quartier Indien, un quartier haut en couleurs, de la bonne bouffe pas chère, des shops d'épices et des guirlandes de jasmin, des tailleurs de saris, des coiffeurs qui font aussi téléboutique all around the world et des shops de musique Bollywoodienne. Autour des tours Petronas se situe le quartier chic et branché de Kuala Lumpur dédié au shopping, aux divertissements et aux affaires, ça m’a rappelé la vie parisienne en voyant les travailleurs en costard cravate déjeuner dans un fast-food ou se détendre le soir dans un bar avec les potes.

Après cette pause un peu longue vue le rythme de mes derniers voyages, j'avais hâte de partir de nouveau pour d'autres découvertes en Indonésie, très peu de touristes a bord de l'avion qui s'envole pour Banda Aceh située à la pointe nord de Sumatra. A l'aéroport, on m’a informé que tous les hôtels petit budget du downtown ont été détruit par le Tsunami de 2004, la violence des trois vagues successives de 20m de hauteur ont tout ravagé dans leurs passages sauf les grandes mosquées de la ville. Le taximan me propose une chambre chez une famille a 2km du centre ville et une moto en location pour me déplacer, l'accueil fut très chaleureux et la chambre était dans une tenue excellente. Le soir, la place centrale de la ville est très animée autour de la grande mosquée, étincelante par sa blancheur, son immense dôme noir est popularisée par une colonie de pigeons et son jardin est un lieu de joie pour les petits enfants. Les petites rues sont peu éclairées, la circulation reste dense, vendeurs et restos ambulants se sont installés aux trottoirs et les drapeaux de Aceh sont plantés partout, signe de nationalisme et d'appartenance à la population d'Aceh.

Banda Aceh est la capitale de la province d'Aceh qui fut le théâtre d'un conflit long et sanglant entre l'armée de terre indonésienne et le mouvement séparatiste Gerakan Aceh Merdeka ("mouvement pour un Aceh libre"). En 1999, le gouvernement indonésien annonce l'introduction de la shariah en Aceh, cette aspiration est renforcée par un orgueil historique : le premier royaume islamique d'Indonésie était fondé à Aceh et la cité devint rapidement un centre d'enseignement islamique et le point de passage pour les Indonésiens désirant accomplir le pèlerinage de la Mecque, la réputation d’Aceh comme Serambi Makkah (balcon de La Mecque) quand les Acehnais vivaient dans un atomsphére de croyance islamique serein. Après le tremblement de terre du 26 décembre 2004 qui, suivi du tsunami, la police de la shariah était renforcée afin de rappeler les gens a respecter les règles de conduite islamique et tirer les leçons de la punition divine. Maintenant, Banda Aceh a changé d'après quelques témoignages a Lombok, mais elle a gardé son surnom de la "petite Mecque" et la fierté de sa population reste intacte.

Le lendemain, j'ai choisi de suivre la zone d'impact du tsunami le long des cotes ouest, celui-ci a été très important sur le trait de ces côtes. L'érosion des plages et des sols a également été très forte, la végétation a repoussé et masque les grandes cicatrices à l'intérieur de la terre, les rizières sont peu nombreuses et les chantiers de travaux réparent quelques sections défoncées de la route principale. D'autres scènes de destruction encore plus loin en allongeant la route m'ont fait imaginer la souffrance de la population face à une catastrophe de cette grande ampleur, c'est triste. D'un autre côté, j'étais joyeux de parcourir ce chemin au milieu d'une nature abondante et sauvage, presque déserte de toute vie humaine, ce jour-là, les vagues étaient d'une grande violence et s'écrasent sur les plages avec une force féroce. Les paysages gagent plus en beauté en s'enfonçant dans une forêt dense, la route gagne aussi en altitude et les points de vue offrent de beaux panoramas sur la mer et les îles flottantes. La pluie s'invite et fait son apparition vers l'heure de la prière du Vendredi, j'ai trouvé refuge sous une cabane chez un épicier le temps que l'Imam finisse son discours à la radio. Après les terima Kasih, j'ai poursuivi le voyage dans un sentiment d'exaltation agréable et profonde, une route aux 400 virages au coeur d'une forêt luxuriante, la traversée de certains ponts en bois furent délicate, du pure adrénaline, des petits villages apparaissent au pied des montagnes sous les regards de quelques macaques, la descente fut un pur bonheur et le climat est toujours menaçant. Il fallait faire demi-tour après 90km de route et avant la tombée de la nuit car demain un long voyage est au rendez-vous.

Au matin, quelques émotions au moment des au revoir avec des prières sincères qui vient du coeur de la mère, elle ordonna son fils de m'accompagner à la gare routière ou je devrais prendre le bus qui part a Medan située à 431 km de Banda Aceh. Un voyage difficile avec la compagnie Sempati, 15h dans un bus archi bondé, zéro confort, musique disco horrible et no dilarang merokok. Cependant, ce trajet s'avère passionnant le long d'une route quasiment plaine du coté Est de l'île loin des montagnes qui se dressent dans une large partie du centre nord du territoire, les pauses à l'heure des prières nous permettent de souffler un peu avant de poursuivre le voyage. Vers 2h30 du matin, je me suis réveillé à la petite gare de l'agence à Medan, j'ai sorti mon guide en montrant le nom du guest house au motobiker espérant trouver une chambre libre et un resto service non stop. Medan est la troisième ville d'Indonésie la plus peuplée après Jakarta et Surabaya, la ville est un mélange de communautés: Bataks, Javanais (forcés par le gouvernement à émigrer pour endiguer la surpopulation de Java), Chinois et Malais, il reste de nombreux bâtiments avec une architecture hollandaise et la Grande Mosquée (Masjid Raya) appel à la prière de El-Fajr au moment juste après le dîner. Le lendemain matin, je retrouve l'ambiance d'une mégalopole, un trafic dense dans tous les sens, embouteillages, bruit et la population est plus concentrée dans les marchés en faisant les courses de Ramadan.

Quant à moi, j'ai choisi de passer le 1er jour de Ramadan au Lac Toba, je dois prendre mon prochain bus dans une station éloignée du centre ville, il faut compter environ 3h a 5h dans pour atteindre Parapat, la ville principale du Lac. Le lac Toba est en réalité une caldeira, c'est à dire un lac né suite à l'éruption d'un super volcan... selon certains spécialistes, la dernière éruption, qui remonte à 80 000 ans, aurait plongé la planète entière dans l'obscurité, l'explosion est la plus importante jamais connue: L'énergie libérée équivaut à 67 000 fois la bombe d'Hiroshima. Le lac est ce qui reste du cratère effondré. Il mesure 100km de long sur 31 km de large et atteint 450m de profondeur, c'est le plus grand lac d’Asie du Sud-Est. L'île de Samosir est un des morceaux de la caldeira effondrée, et constitue une destination touristique populaire, plus précisément sur la péninsule de Tuk-Tuk, qui est l'endroit où se situent la majorité des guesthouses de l'île: ancien haut-lieu de la culture "hippie-peace-and-love" (avant l'avènement des full-moon parties en Thailande !). La population qui vit autour du lac Toba sont les Bataks. Autrefois cannibales, ils furent convertis au christianisme par des missionnaires occidentaux, quelques ethnies Batak ont gardé leur religion d'origine et d'autres se sont convertis à l'Islam. Les maisons Bataks sont soutenues par une forte architecture de bois et abritées par les feuilles des cocotiers, les ornements de la façade extérieure de la maison ont pour signification de repousser le diable et qui donnent impression d'une selle de cheval.

La traversée du lac (Parapat -> Tuk Tuk) dure 40 minutes environ, l'endroit est d'un calme absolu, des paysages variés et sublimes composés de cascades, de volcans actifs,... Le meilleur moyen de découvrir l'île de Samosir, c'est incontestablement la moto. J'ai réussi a louer une maison Batak au bord du lac et la moto pour quelques euros. J'ai remonté la rive nord de l'île, en direction de Pangururan. Partout sur l'île, on peut apercevoir des tombeaux Bataks, qui sont parfois de véritables chefs-d'oeuvres architecturaux, des églises, des champs cultivés, des villages pêcheurs, de l'artisanat local... Le soleil estival était au rendez-vous mais à l'heure du ftour, j'étais bloqué dans les altitudes autour du lac par un déluge de pluie causant des dégâts sur la route pendant toute une nuit. Après, 1h d'attente chez une famille tenant un petit food shop, j'ai avancé tout doucement sous le déluge en dépassant tous ces véhicules coincés le long de la descente et en évitant les chauffeurs qui essayent de dégager la route dans une obscurité quasi-totale. En bas, une mer de pluie a englouti une bonne partie de la chaussée, on dirait une mousson diluvienne ininterrompue, j'étais complètement trempé en arrivant chez Tom gérant de Charlie's GH avec qui j'ai passé une soirée sympa à discuter de la culture Batak.

Deux jours intenses en découverte dans le pays des Bataks, des rencontres sympathiques et des richesses naturelles qui permettent aux rares touristes qui s’aventurent à Sumatra d’admirer les merveilles de cette terre Indonésienne. La suite du voyage s'avère passionnante chez les Minangkabau, un autre peuple et une autre culture. Un bus de nuit peu confortable, assure le trajet Parapat -> Bukittinggi, traversant plusieurs villages dans le noir. Au matin, je me suis réveillé, encore chamboulé, au centre de Bukittinggi: une grande ville située dans les hautes terres au pied des volcans Singgalang et Merapi, le climat est relativement frais et les hôtels bon marché ne manquent pas. Yuli, une charmante demoiselle et gérante d'une petite boutique de kofias, me propose de louer sa moto, meilleur moyen pour explorer les environs. Au nord de Bukittinggi, au kilomètre 16, se situe le village de Palupoh, j'étais accueilli par les enfants désirant m'accompagner dans ma quête des Rafflesia: la plus grande fleur du monde, ils étaient stoppés par un jeune local qui me demande une petite somme en me faisant comprendre que c'est très difficile de les trouver sans guide en plein milieu de la foret. Nous trekkons pendant une heure dans une rainforest, très dense en végétation sous une légère pluie, les petits ruisseaux coulent en coupant parfois notre sentier et formant des cascades pour enjoliver davantage ce trek. Malheureusement, toutes les Rafflesia que j'ai pu observer étaient mortes et la période du blooming sera dans 3 semaines plus tard d'après mon guide. Pas de chance. Au retour, la ville de Bukittinggi est quasiment déserte, c'est l'heure du ftour, j'ai pris place dans un resto ambulant qui propose le meilleur Sate Ayam (brochettes de poulet sauce cacahuètes) a mon goût. Le soir, la place de l'horloge se transforme en un lieu de rendez-vous des tous les habitants, les enfants s'amusent avec des jeux de feu, tandis que les grands vont aller prier Tarawi7 dans la mosquée, une vraie ambiance ramadanienne.

Les Minangkabau sont majoritairement des musulmans, ils constituent la plus grande société matrilinéaire au monde: la terre, les biens immobiliers et mobiliers sont la propriété des femmes, les mères les transmettent à leurs filles et les enfants portent le nom de leur mère. Pour le mariage, c'est la famille de la fille qui vient demander la main du garçon et en cas de divorce c'est la femme aura le droit de garde des enfants. Pour savoir davantage sur cette culture, j'ai organisé un circuit en solo comme d'habitude dans le pays des Minangs, plus précisément dans la région centre ouest de Sumatra, un voyage de 3 jours qui m'emmènera a Padang, la capitale des Minangs en passant par les lacs Maninjau et Singkarak. Un beau voyage en partant de Bukittinggi par la route qui descend au profond du canyon de Sianok, une route montagneuse bordée de cocotiers, bananiers, rizières en terrasse d'un vert éclatant et maisons traditionnelles minangs avec leur toit en corne de buffle. L'arrivée au lac Maninjau est extraordinaire, la route plonge du sommet de la montagne vers le lac, en décrivant 44 virages en épingle a cheveux sur les 10 derniers kilomètres, une descente très technique sous le regard des macaques qui s'alignent le long des glissières de sécurité, ou en plein milieu de la route. La vue sur le lac est absolument magnifique, les paysages sont superbes et en bas, le visiteur a la possibilité de nager et de s'adonner à la pratique du ski nautique et peut choisir entre un grand nombre d'hôtels et de restaurants de bonne qualité. Le Lac Maninjau est plus petit que le Lac Toba, mais tout aussi beau et très paisible, l'eau est très claire et le lac apparaît comme un immense miroir. Plusieurs petits villages Minangs se sont installés autour du lac, la pêche, l'agriculture et le tourisme sont les activités principales. J'ai poursuivi en direction de Tiku, une petite ville située du coté de l'océan, la route est toujours belle, palmiers et champs de riz jusqu’à a Padang, c'est l'heure du ftour, tout le monde est pressé, une course contre la montre et les coups de klaxon retentissent sans cesse, un policier me fait signe de s'arrêter car je me suis placé dans la mauvaise voie pour tourner a gauche!, j'ai fini par payer une amende de 25.000Rp avant la rupture du jeune. Le soir, les habitants s’installent sur le pont pour manger les pop corns avec du thé, le meilleur que j'ai goûté, avec une sauce sweet & spicy. Le centre ville offre un charme désuet avec son vieux port, les maisons minangs sont plus belles et plus impressionnantes et le corniche est un espace pour gambader le long de la mer.

En quittant Padang par l'Est, on pénètre dans les hautes terres du pays Minangkabau, on monte bien en altitude avant de descendre vers Solok, le ciel s'éclaircit de nouveau et les villages se succèdent en direction du lac Singkarak: aussi vaste et beau que son jumeau Maninjau et entoure de montagnes volcaniques embrumées, la route qui juxte la longueur du lac est superbe, un réel plaisir en roulant sous une légère pluie, pas de possibilités d'accueil si ce n'est qu'un ou deux hôtels, les rizières des terres Minangs sont aussi belles et bien tracées et les gens sont d'une grande gentillesse. Le loop est bouclé a Bukittinggi, j'ai eu un petit crash a l'heure du "buka puasa" ftour, une jeune dame m'est rentrée dedans par derrière, mais rien de casser. Je me suis bien habitué au rythme du voyage pendant Ramadan, les musulmans de Sumatra sont joyeux de ce mois sacré et partout on trouve des affiches "Marhaban Ya Ramadan", ils sont plus tolérants vis-à-vis des non pratiquants et le soir ils vont en famille pour la prière de Tarawih, les femmes vêtues en blanc tandis que les hommes en longyi et portant un kofia sur la tête. Le troisième jour, je me suis dirigé a Pagaruyung; un village proche de la ville de Batusangkar ou régnait auparavant un royaume Minangkabau, malheureusement, le palais royal est en reconstruction après un accident de feu, mais j'ai vu les plus belles maisons Minang de toute la région, de longues maisons qui peuvent facilement abriter une cinquantaine de personnes, les façades sont en bois finement ciselées et peintes de différentes couleurs et les grands toits de chaume sont relevés aux extrémités et ornés de têtes de buffles: le sommet de l'art Minangkabau.

Dernière soirée a Bukittinggi, j'ai remis la moto a Yuli en la remerciant, je la revois le lendemain matin à la gare routière, elle a tenu sa promesse, toujours belle et souriante, au fond de moi, j'aurais aimé rester longtemps et faire plus sa connaissance, mais le voyage suivant s'annonce très difficile et trop long et mon visa est short stay. Je me suis aventuré dans le premier départ vers Jakarta espérant y être le lendemain matin d'après les estimations de la compagnie. Le bus traverse des dizaines de villes, des centaines de villages, a chaque arrêt, des voyageurs descendent et d'autres prennent leurs places, quelques talents artistiques montent pour animer l'ambiance et nous demander quelques Rupiahs a la fin du spectacle, les vendeurs se bousculent entre les passagers et crient en réveillant deux petits bébés, nous étions entassés comme des sardines, les bagages sont éparpillés dans tous les coins, les toilettes à l'arrière empoisonnent l'air, impossible de fermer les yeux et la fatigue s'accumule et marque fortement les visages de ceux qui font Ramadan. D'un autre coté, c'est une chance de faire ce trajet au coeur de la cinquième plus grande île du monde. La foret tropicale de Sumatra est humide et dense, sombre et sauvage, parfois les plantations sont plus hautes que les arbres, et malgré son inscription au patrimoine mondial de l'humanité, elle reste malheureusement touchée par le danger de déforestation a cause de l'exploitation massive de ses ressources et beaucoup d'espèces animales sont menacés de disparition, notamment les Orangs-Outans.

Le voyage a duré 43h jusqu'a Jakarta, point de départ de ma dernière étape en Indonésie, plus précisément en Java Ouest, une terre qui recèle de merveilles naturelles et de villes importantes a visiter. Je vous raconte tout ca dans le prochain récit Inchalah.

Salam Aleykom.

 

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